03.03.2017
Interview Sheikh Omar Suleiman par le Paster Mike Baughman

Interview Sheikh Omar Suleiman par le Paster Mike Baughman

 

Le Sheikh/Imam Omar Suleiman nous donne le sens définitif du concept de sharia et la façon dont elle doit être distinguée du code pénal islamique. Regrettant le fait que les musulmans doivent souvent se distancer de termes qui ont été mal utilisés, principalement parce qu’on (surtout les médias) ne laisse jamais assez de temps pour les expliquer, Suleiman commence par faire remarquer que, linguistiquement, le mot « sharia » en arabe signifie « un chemin menant à l’eau .

 

Au niveau de l’Etat, le « hudud », ou l’aspect lié au code pénal, est une minuscule partie de la sharia, mal comprise, et purement facultative. Durant les 1000 premières années de l’histoire de l’Islam, il n’y a pas eu un seul cas rapporté de lapidation, par exemple, parce que les conditions dictées dans le Qur’an pour un tel châtiment sont si impossibles à rassembler qu’il devient impossible de le mettre en œuvre.

 

Les horreurs propagées par des groupes tels que DAESH sont absolument étrangères à l’Islam, tout comme l’est le concept de « taqeyya » – qui prétend que les musulmans peuvent délibérément tromper les gens dans le but de secrètement faire avancer la foi. On ne trouve aucune preuve qui viendrait soutenir cette notion, ni dans le Qur’an, ni dans la Sunna (tradition du Prophète sallAllahu alayhi wa sallam = que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui).

 

Mike Baughman ouvre la discussion en abordant un thème qui semble être suspendu aux lèvres du monde politique ces dernières années, un thème dont on n’arrête pas d’entendre parler mais dont on ne connaît finalement pas grand chose. Le Pasteur avoue ne rien connaître du sujet qui va être abordé, et espère que Sheikh Suleiman pourra nous éclairer sur le sujet : la sharia, perçue comme la menace extrême.

 

QUEST-CE QUE LA « SHARIA » ? DOIT-ON SEN INQUIETER ?

Les musulmans doivent souvent se distancer de termes qui ont été malmenés, principalement parce qu’on (surtout les médias) ne laisse jamais assez de temps pour les expliquer : on doit être « anti-jihad », mais on ne peut pas l’être, car le jihad fait partie de notre religion ; on est contre une version extrémiste du jihad. La sharia fait également partie de notre religion. D’un point de vue linguistique, le mot «sharia» en arabe signifie «la voie qui mène à l’eau»; il ne se réfère en rien au terme de « loi », dans son sens étatique, mais plutôt à la « prière » – c’est pourquoi quand un Etat criminalise la sharia, cela veut dire que je ne peux plus prier, parce que ma prière fait partie de la sharia, fait partie de mon obéissance à la législation divine ; la sharia est la législation divine. Elle n’est pas synonyme de décapitations ou amputations, et autres choses horribles qui se passent dans le monde. Il y a deux composantes de la sharia : une partie est contrôlée par le gouvernement, et l’autre partie est individuelle – il s’agit alors de notre propre pratique de la religion.

 

Pour ceux qui vivent dans un pays non-musulman, suivre la sharia signifie :

  • -  être un bon musulman

  • -  être un bon citoyen

  • -  pratiquer et maintenir son identité

    - etc.

     

Au niveau étatique, la sharia n’est pas synonyme de loi criminelle – et la distinction présente est cruciale. Les gens ont tendance à confondre sharia (la voie) et hudud (loi criminelle), le code pénal de l’Islam, appliqué par l’Etat.

 

Pour rappel, Muhammad (saws) était un homme d’état, durant les dix dernières années de sa vie. Cette infime partie de la sharia, le hudud, est très mal compris, et souvent interprété hors contexte, par rapport à tout ce qui se réfère à la lapidation, décapitation, amputation, tout ce qui a été présenté dans les médias de façon horrible et terrifiante, à cause des divers agendas des pays occidentaux, tout cela n’est pas la sharia, mais la loi criminelle (hudud), qui elle-même n’est qu’une minuscule partie, au niveau étatique.

 

Quand on lit la Bible, on trouve des passages qui mentionnent des châtiments très sévères comme la lapidation etc. En Islam, ces lois étaient purement facultatives, et donc durant les 1000 premières années de l’histoire de l’Islam, il n’y a pas eu un seul incident, depuis le temps du prophète (saws), d’une personne lapidée parce qu’elle s’était fait prendre en train de commettre un adultère. La lapidation est prévue, bien que facultative, mais il n’y en a eu aucun cas rapporté. Ceci car les conditions pour condamner quelqu’un à la lapidation sont si strictes, voire impossibles, que cette loi ne pouvait pas être appliquée.

 

Donc même d’un point de vue étatique, et dans sa pratique dans l’histoire, ce n’était pas quelque chose qui était sensé prendre tant de place. Ce que nous voyons, ce qu’on nous montre, ce sont les châtiments horribles infligés par Daesh ; il y a des gens qui seraient prêts à punir leur mère en public de façon ignoble, parce qu’elle n’a pas prêté allégeance à Abu Bakr Al Baghdadi, des choses horribles qui ont lieu sous ce... « cancer » (Daesh). Ceci n’est pas la sharia. En tant que musulman vivant aux Etats-Unis, la sharia est pour l’Imam Suleiman, la pratique de sa foi. Est-ce que cela veut dire qu’il n’est pas capable de respecter les lois de son pays (USA), ou qu’il croit en un catalogue séparé de lois – absolument pas, car « pour autant qu’il n’y a pas de contradiction entre les lois de mon pays et ma pratique personnelle [de la religion], pour autant que les lois de mon pays ne m’empêchent pas de pratiquer ma foi, je suis obligé, en tant que musulman, d’obéir à ces lois ». Étonnamment peut-être, la sharia oblige tout musulman résidant aux Etats-Unis à obéir aux lois américaines, tant qu’elles n’entrent pas en conflit avec la pratique de sa foi.

 

[NB ceci est bien évidemment applicable à tous les musulmans vivant dans des pays non musulmans !]
Cette hystérie qui a soudainement été créée autour de la
sharia, est alimentée par un groupe très restreint de personnes (correspondant à moins d’1% de la population américaine), qui semblent croire que quelqu’un tente secrètement de faire passer un nouveau catalogue de lois ; ils prétendent qu’il y a un musulman caché à la Maison Blanche, que le Président (Obama) lui-même est musulman et a pour objectif de faire passer des nouvelles lois, et que dans 20 ans, les Etats- Unis verront les gens jetés du haut des immeubles, et que les mains et les têtes seront coupées dans la rue... Premièrement, tout cela n’est rien d’autre qu’une guerre culturelle ; et c’est quelque chose que les USA connaissent bien, car d’autres minorité l’ont subie. Deuxièmement, cela n’a pas de sens. Mais malheureusement, ça effraie une partie importante de la population, on tire avantage de leurs peurs, afin de combattre une menace inexistante. Aux dépends de la sécurité de la petite communauté musulmane qui existe Etats-Unis.

 

AU SUJET DU TERME « TAQEYYA », COMPRIS COMME ETANT LA PROMOTION DU MENSONGE POUR FAIRE AVANCER L’ISLAM, LE PASTEUR BAUGHMAN INTERROGE L’IMAM SULEIMAN SUR SA MANIERE DE REPONDRE A CELA.

Premièrement, le concept de taqeyya vient du mouvement shiite, une secte de l’Islam, qui représente moins de 10% des musulmans, alors que les sunnites, qui sont les musulmans orthodoxes, comptent plus de 90%. Et même considéré ainsi, cela pose problème. En effet, c’est un concept qui vient d’une minorité et qui est étendue à la majorité de l’Islam.

 

Deuxièmement, le concept est lui-même mal utilisé : l’idée qu’un musulman peut mentir et tromper d’autres personnes, afin de secrètement faire avancer sa religion, ne se trouve nulle part dans la tradition islamique – pas dans le Qur’an, ni dans la Sunna. Le Sheikh met au défi quiconque trouvera une telle référence à ce qui est appelé « taqeyya ». Il sait que personne ne trouvera, car ça n’y est pas. Evidemment, il est tout autre de mentir pour éviter de se faire persécuter. On a le droit de mentir pour sauver sa vie. Mais pas pour tromper quelqu’un.

 

Traduction A. Lefaure